En Kyokushinkai pour avancer le pied arrière suit une trajectoire linéaire vers l’avant (figure 1) pour aller se positionner au-delà du pied avant. En Shotokan le pied arrière suit une trajectoire circulaire pour d’abord passer près du pied avant (figure 2).
C’est un exercice de mains collantes comme le Tuishou chinois, dans l'apprentissage du combat rapproché. Le Goju Ryu est un des seuls karaté à l’utiliser.
"Arts Martiaux : Dans le Goju Ryu, il existe un exercice, le kakie, qui s’apparente beaucoup au tuishou pratiqué par les adeptes du taiji quan. En effet, on y retrouve le même esprit et une forme de travail similaire, à savoir une pousssée de la main. Pensez vous que ces similitudes mettent en valeur les racines chinoises du goju ryu ?
Bernard Cousin :Au sein des arts martiaux japonais, seul le karate du goju ryu d' okinawa incluent cette forme de travail dans leur entraînement. L’influence chinoise y est évidente et, effectivement, on trouve des exercices équivalents en Taiji et en Wing Chung.
Ramené par Kanryo Higaonna de chine, cultivé par Chojun Miyagi, son successeur (et fondateur du Goju ryu), Kakie travaille le combat rapproché et comprend toutes les techniques martiales, à savoir saisies, projections, luxations, balayages, strangulations, attaques de points vitaux, percussions, en employant les coudes, les épaules, les genoux, la tête etc... Kakie est avant tout un art de self-défense, rôle premier de la pratique de notre art.
En Chine, dans la région de Fujian, Kakie (kakié), prononcé koki, joue un rôle de premier plan dans l’apprentissage du combat. En Goju ryu, il joue un rôle semblable. A travers les kata (mains ouvertes) et les Bunkai, on s’aperçoit très vite de l’importance des saisies et donc du peu de distance qui sépare les adversaires.
Arts Martiaux : Malgré les ressemblances évoquées, le Tuishou et le Kakie présentent aussi des différences notables.
Bernard Cousin : Le Tuishou et le Kakie sont frères, ils se ressemblent mais ne sont pas identique. Le Chinois va insister sur la rondeur du geste et allier de suite, déplacement des bras et déplacement du corps.
A.M : Si le goju ryu a conservé cette forme de travail, c’est certainement en raison du grand intérêt que Chojun Miyagi et ses disciples y trouvaient ?
B.C : Oui, tout d'abord, la tenue corporelle, en goju, on prône la verticalité et Kakie démontre que notre posture est mauvaise. En effet, si on se penche pour pousser, l’adversaire tire pour créer le déséquilibre, si on est penché vers l’arrière, l’adversaire va pousser pour accentuer ce déséquilibre. Kakie habitue à travailler en posture verticale, parce que c'est celle qui donne le plus de liberté aux hanches.Le bassin a une plus grande liberté de manoeuvre en bascules avant-arrière (antéversion/ rétroversion), en élévations et en rotations.
Kakie permet aussi d’être à la bonne distance. Point n’est besoin de la rechercher et l'oeil s’habitue inconsciemment à l’évaluer au plus juste, pour une action efficace ou pour sentir la zone de danger.
Cette technique offre aussi un aspect sécurisant, puisque le mouvement perpétuel d’attaque, de plexus à plexus, est toujours le même.
C’est une technique sans déplacement au départ, sans douleur (paume de la main), qui peut aussi aider à la musculation. En effet, sous la poussée du partenaire se crée une certaine résistance musculaire. Il ne s’agit pas d’un blocage qui stopperait l’action.
L’épaule sert l’action et, comme la posture est naturelle, tous les muscles nécessaires à la poussée sont sollicités.
Lorsqu' on oppose moins de résistance, Kakie permet un travail d’endurance. J’ai encore en tête l’anecdote survenue en 1976, lors de mon premier voyage à Okinawa. Deux jeunes ceintures noires pratiquaient kakie.Cele dura environ une heure, à l’issue de laquelle un Sempaï (ancien) proposa à l’un d'eux de prolonger d’encore une heure. C’est un travail exténuant.
A.M : Retrouve t’on, dans le Kakie, des applications directes pour le combat, comme dans le Tuishou Chinois ?
B.C : Kakie permet le travail rapproché grâce aux informations visuelles, bien sûr, mais aussi grâce aux sensations et informations fournies par les mouvements de l’autre. Le Tuishou se nomme aussi "mains collantes". Nous pourrions aussi adopter cette dénomination, puisque nos poignets sont toujours en contact. Si l’information visuelle n’a pas signalé l’intention differente de l’adversaire (de rompre avec le mouvement répétitif), le contact des bras va déceler le changement et la direction de l’attaque à venir. Nous travaillons d' ailleurs, parfois, les yeux clos.
Je considère que c’est la chance du Goju Ryu d’avoir d’anciennes racines. De Ryu Ryuko (Chine) à Kanryo Higaonna (Naha te Okinawa) et Chojun Miyagi, le patrimoine s’est accru, grâce à leurs esprits de chercheurs.Miyagi faisait de la recherche perpétuelle en matière de combat réel, sans idées ni de technique prohibées, ni de compétitions.Si les poings se sont fermés, c'est pou la sécurité des pratiquants...
A.M : Qui dit "mains ouvertes" pense aussitôt "saisies"...
B.C : Oui, Kakie favorise les saisies, puisque le contact entre les bras est permanent et que les mains sont ouvertes. Si l'on change de bras, on rétablie immédiatement le contact.
En combat, les saisies sont importantes. Elles permettent de déséquilibrer, donc de déplacer le centre de gravité de l'attaquant. Il devient alors vulnérable, inefficace. L'adversaire le contrôle.
Dans le Goju ryu d' Okinawa, nous pratiquons un kumite, appelé iri kumi. Dans ce genre de kumite, tout est permis, à condition de respecter le contrat initial, afin de ne pas blesser le partenaire. Il est fréquent qu'iri kumi se termine au sol. A partir d'une saisie, on peut enchaîner toutes les techniques courtes (coups de coudes, de genoux, projections, luxations, certains tsuki, attaques mains ouvertes, immobilisations).
Avec Kakie, tous les apprentissages de coups efficaces sont favorisés, on découvre les contres, les sur-contres etc...
Il sert aussi à découvrir les bunkaï des kata connus ou de kata encore inconnus, à trouver des variantes servant à la recherche personnelle.
A.M : Un mot de conclusion ?
B.C : L’origine du Kakie est sûrement Chinoise. Par contre, sa forme a été enrichie par les apports des pratiquants d'Okinawa, toujours en recherche d'efficacité. Ce travail, riche parce que très diversifié, convient au débutant comme à l’expert, au compétiteur comme au traditionnaliste. C’est un outil plaisant et essentiel à l’étude du combat.
D'après une interview de Bernard Cousin à la revue Arts Martiaux.
Dans un combat, il y a toujours des risques de recevoir un coup invalidant. Pour remédier à cela, le karate d'Okinawa à mis au point des techniques visant à renforcer les sections corporelles les plus exposées, mais aussi et dans un but offensif, de renforcer les outils de percussion. Ces renforcements se doivent d'être progressifs et adaptés à la morphologie de chacun. Adaptations qui respectent l'âge, le sexe, le passé… de chaque pratiquant. Dans un premier temps, nous verrons le renforcement des zones de blocages, principalement les avant-bras et tibias, mais aussi les cuisses. En premier lieu, la bonne répétition des kata comme sanchin (gôjû ou uechi) et naihanchi (shorin) amène déjà une vascularisation, donc une circulation sanguine qui nourrit les cellules ostéoblastes (qui construit l'os), tout cela doit être associé à une juste respiration. Cette étape qui peut paraître fastidieuse et sans intérêt est en fait la plus importante. C'est la base qui ne devrait jamais être oubliée. Ensuite, un travail d'habitude au contact des zones concernées par des frottements assez appuyés, avant-bras contre avant-bras, tibias contre tibias. Ce travail de frottements a ceci d'intéressant que les zones visées sont relativement vastes. De plus, le stress sur l'os est suffisant pour que ce travail ostéoblaste perdure sur une longue période de temps. Ces façons de faire sont loins d'être inutiles, même pour les pratiquants avancés et amènent à prendre conscience de la contraction et du relâchement à mettre dans ses actions, la force/souplesse, le gô/jû, le (pan)gai/nûn, le kô/nan, le kin/gai. En cas d'entraînement solitaire, il est possible de se frotter soi-même, un massage appuyé. Enfin, viennent les frappes. Ces exercices ne sont pas les plus efficaces pour le renforcement osseux/musculaire si on considère la petite surface frappée, sauf dans les frappes avec le plat de la main. S'ils représentent le côté le plus spectaculaire, ils n'en sont pas moins que le résultat des étapes précédentes. Ces frappes ne sont que le produit fini et ont un autre but, le travail du mental de celui qui reçoit, mais aussi et surtout, de celui qui donne. Pour le frappeur, il y a un travail vraiment intéressant, c'est la frappe en relâchement, en lourdeur, qui ne sera pas freinée par l'appréhension de l'impact, puisque les surfaces de frappes auront déjà été habituées à cet impact. En fait, ce travail ne nécessite pas la présence d'un partenaire puisqu'il peut très bien se faire avec un makiwara, voire un mannequin de bois (adapté). Pour le corps entier, il y a aussi des exercices d'entrechoquements essentiellement des coups d'épaules, en avant et en arrière, mais aussi dos contre dos. Au honbu-dôjô de uechi-ryû de la ville de Futenma, ils utilisent aussi une roue crantée que l'on roule sur le tibia, et le travail des frappes est très souple et relâché, mais dure très longtemps (30 mn par séance). Au dôjô Kenshikai de Hokama Tetsuhiro de la ville de Nishihara, on doit faire les déplacements de sanchin (gôjû-ryû) en portant des "kami", normalement des jarres (mais dans ce cas, toute sorte de poids) et nous frapper les cuisses avec, à chaque prise de position. Au même dôjô, il y a un makiwara portatif, bâton enrubanné qui sert à se frapper les tibias. Cet été, au Haebaru-shureikan, dôjô de kônan-ryû, branche dissidente du uechi-ryû, dont le créateur, Itokazu Seiki, revendique un retour à un travail plus proche du uechi-ryû d'origine, Shimabukuro Tsuneo me faisait travailler avec des canettes entourées de ruban adhésif (roulage et frappe), avant de passer aux frappes sur poteau entourée de corde. Ces deux derniers exemples ne m'étaient "réservés" que parce que j'ai déjà une expérience ancienne. Mais le plus important avant les frappes, c'est ce travail préparatoire (kata et frottements) associé à une bonne respiration, toujours pour la vascularisation et la circulation sanguine donc alimentation des cellules osseuses, travail progressif qui conduit à une pratique sur le long terme. Les frappes, dans un second temps, ne sont vraiment intéressantes que pour ce relâchement et ce travail du mental. Suivants les possibilités et désirs de chacun (mais aussi le contrôle du prof.), ces étapes peuvent s'additionner au sein de chaque séance. Dans un deuxième temps, nous verrons que ce travail de renforcement par les frappes revêt un aspect très intéressant et important. Dans les frappes, le frappeur doit rechercher le relâchement. Après l'impulsion, le relâchement évite toute contraction nuisible à une prise de vitesse, ce n'est qu'au moment de l'impact que l'on retrouve cette contraction/focalisation. Se relâcher pour frapper ne peut bien se faire que si les zones d'impact sont suffisament habituées à cet impact. Nous verrons ici le travail de renforcement de ces parties. Il faut distinguer des zones "de bloc" et des zones "d'articulations", par zones "de bloc" nous entendons, l'os frontal, les coudes, les genoux ; par zones "d'articulations", nous entendons les doigts et les orteils. Dans les deux cas, un travail de frottement est tout à fait envisageable, ne serait que pour ce travail "dermoblaste" sur la peau et ostéoblaste sur les os. Pour les zones "de bloc" un travail progressif d'impact est nécessaire, sans oublié que tout le corps doit participer à la force d'impact. "PROGRESSIVITE" est le:mot d'ordre, surtout l'os frontal, qui bien qu'il est le plus épais du squelette humain, puisqu'il protège le cerveau. Le travail de renforcement des doigts et orteils vise surtout les tendons et ligaments, ces régions n'étant pas directement pourvues de muscles, mais reliées à ces derniers par des ligaments. Outre le travail des kata ventilateurs (sanchin, tensho et naihanchi) avec alternance des contractions/décontractions, pour une bonne circulation sanguine, un travail de saisie permet de renforcer les muscles qui tendent ou relâchent ces articulations. Traditionnellement, à Okinawa, on utilise des kâmi, jarres, pour le renforcement des doigts. En fait, la forme de l'objet saisi importe peu. Le plus important, c'est le poids soulevé. L'exercice d'ouverture/fermeture des mains est un travail intéressant. Il y a aussi les "pompes" sur les doigts. Là encore, la progressivité est de mise, le poids du corps entier n'est pas nécessaire, suivant les possibilités de chacun. Vient le travail des frappes, toujours sur cible à résistance progressive. Pour le renforcement des orteils, "agrippement" du sol pendant les prises de positions des kata ventilateurs. "Agrippement" des orteils au sol et avancées. Saisie d'un poids quelconque, au dojo shodokan de Higa Seikichi, on soulevait le coin d'un tatami. Pompes sur les orteils et "pointes", là encore, il n'est pas indispensable de mettre le poids du corps entier dans les premiers temps. En position de "pompes", il y a un travail d'avancées/recul sur les orteils qui donne de bons résultats. Enfin, un travail de frappes, toujours sur matériau à résistance progressive est à envisager.
Ou poing fondamental, c’est le poing fermé, Kento à l’endroit, c’est à dire le dos de la main dirigé vers le haut. La frappe se fait principalement avec les 2ème et 3ème métacarpiens.
Taikiken, de TAI = grande KI = énergie, est l’art d’utiliser l’énergie de manière optimale.
Considérée comme un art martial à part entière (dont le fondateur est Maître Sawai), cette pratique a très vite éveillé l’intérêt de pratiquants de kyokushinkai. Ainsi de grands Sensei ont poussé très loin les recherches dans ce domaine. On citera évidemment Maître Oyama, plus récemment Maître Matsui mais aussi et surtout Maître Royama. Ce dernier au moyen de spectaculaires démonstrations a su démontrer qu’une utilisation optimale de l’énergie pouvait donner des résultats étonnants…
La pratique de base est posturale, mais très vite le pratiquant passe au travail dynamique.
Alors Branchchief de la branche Russe du kyokushinkai, Maître Royama a intégré cette pratique dans la formation des compétiteurs, estimant qu’un combat devait être bien plus qu’un choc entre deux athlètes s’opposant force contre force… La fluidité, l’absorption, la gestion des appuis ont dès lors occupé une place centrale dans la pratique du kumite de haut niveau. Maître Hiroshige a réalisé le même travail au Japon. Tous deux ont obtenu des résultats allant au delà de toute espérance, formant ainsi quelques combattants de légende…